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Energie & climat
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Le constat


crédit : Chrispix

L’aggravation de la situation climatique, reconnue par le plus grand nombre d’experts, matérialisée par l’accroissement de la violence - sinon de la fréquence - des accidents météorologiques, en particulier à l’occasion des ouragans de la fin 99, a donné un relief particulier à l’échec des négociations de La Haye et aux difficultés qu’éprouvent tant les nations industrialisées que les pays en voie de développement à intégrer ces données dans leur politique énergétique, ne laissant pour le moment que peu d’espoir de voir stopper l’augmentation de l’effet de serre et ses conséquences.

Dans ce contexte, le débat sur le nucléaire, en particulier dans notre pays, s’est trouvé ravivé, les tenants de cette énergie s’efforçant d’utiliser son innocuité dans le phénomène effet de serre pour relancer son développement, les opposants rappelant que les activités grosses productrices de gaz à effet de serre ne relèvent que très peu de l’usage spécifique de l’électricité (transports) et que le nucléaire est par ailleurs porteur d’autres handicaps.

Dans le même temps, les efforts des pays de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) ayant conduit à un fort relèvement des prix des hydrocarbures, fortement répercuté sur le secteur économiquement majeur des transports, c’est tout le paysage énergétique mondial qui s’est trouvé modifié. Parallèlement, la libéralisation des marchés de l’électricité et du gaz ainsi que les choix de sortie du nucléaire annoncés par certains pays (ex : Allemagne) remettent en question les anciens schémas de pensée des modèles énergétiques : le mode de régulation oscille désormais entre Etat et marché et la nécessité de promouvoir les alternatives énergétiques est largement reconnue.

Au niveau européen, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont désormais affichées comme une priorité. Ainsi le projet de directive sur la production d’électricité à partir des Energies Nouvelles et Renouvelables (ENR) est en bonne voie d’adoption. D’autre part, un plan d’action communautaire sur l’efficacité énergétique devrait prochainement voir le jour.

La situation énergétique française a été jusqu’à présent plus précisément marquée par sa dépendance en hydrocarbures (en particulier pour les carburants dans les transports) et charbon, par un très fort engagement dans le nucléaire depuis 1974, avec un équipement surabondant et une accumulation des déchets nucléaires pour lesquels n’est actuellement arrêtée aucune politique définitive, par une politique velléitaire de développement des énergies renouvelables et de la Maîtrise De l'Energie (MDE), et par une insuffisance notoire de démocratisation des choix politiques dans le domaine de l’énergie.

En France, des recherches avaient été entreprises dans les années 90 afin de dessiner les contours d’une politique de l'énergie écologiquement et économiquement acceptable. A l’occasion de ces travaux, des associations, bureaux d’études, cellules universitaires nationales ou internationales, avaient été créés autour de principes que nous approuvons. Elles avaient débouché sur de nombreuses recommandations, notamment dans le livre blanc « Energie et environnement : propositions pour changer les politiques publiques » (1994) élaboré par des associations (dont France Nature Environnement). Un aboutissement positif en avait été le débat national sur l’énergie de 1994, qu’avait conclu le rapport Souviron (1994). Mais très peu de changements dans la politique énergétique s’en étaient ensuivis.

Plus récemment en 2000, plusieurs rapports sont venus compléter ces données, en particulier le rapport Rivasi sur le stockage des déchets nucléaires et leur impact environnemental et santé. Puis le rapport Charpin-Dessus-Pellat (« Etude économique prospective de la filière électrique nucléaire ») qui porte pour la première fois au jour les aspects économiques de la filière nucléaire française. Puis le rapport Cochet sur le développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables - suivi d’un programme concret de mise en application. Enfin, à l’appui de ces réflexions, la Commission Européenne a publié en novembre un « Livre vert » sur la stratégie européenne de sécurité d’approvisionnement énergétique, qui recoupe très largement les questions évoquées ci-dessus, dans le cadre de l’Union Européenne.

Ainsi sont mis en place des éléments essentiels, d’une part à l’indispensable débat démocratique sur l’énergie dans ce pays, d’autre part à la recherche de la maîtrise de l’énergie et au développement des solutions alternatives.

 


crédit : Senor Anderson

 

Les objectifs

1. LA MAITRISE DES CONSOMMATIONS D’ENERGIE

• Substituer une logique de la demande (donc des besoins) à une logique de l’offre.

• Réviser le concept de maîtrise de l’énergie qui ne se limite pas à du quantitatif mais comprend aussi du qualitatif : technique (ou appareil), produit énergétique, mode d’usage, comportement.

• Faire abonder des budgets à la maîtrise de l’énergie (à tous les niveaux des collectivités et de l’Etat).

• Appuyer le développement de la pollutaxe sous une forme rendue constitutionnellement acceptable - et qui sera d’ailleurs instituée par la directive européenne en préparation.

• Faire appliquer concrètement le Programme National d’Efficacité Energétique (PNEE) annoncé en décembre 2000

 

2. LA MAITRISE DU NUCLEAIRE


• Dans l’immédiat, en l’absence d’un besoin urgent (la durée de vie des centrales actuelles étant revendiquée à 45 ans par EDF et peut-être plus au vu des résultats techniques), refuser un nouveau programme nucléaire qui s'appuierait sur l'European Pressurized Reactor (EPR), version peu convaincante, simplement extrapolée des Réacteurs à Eau sous Pression (REP) actuels.

• Mettre un coup d'arrêt à la filière retraitement économiquement non justifiable (rapport Charpin-Dessus-Pellat) et donc à l’usine de La Hague, polluante, potentiellement dangereuse (déchets, plutonium, prolifération…), et arrêter la filière Mox dont la justification technique et économique n’est pas avérée.

• Exiger des procédures démocratiques pour la définition des politiques énergétiques à venir en les accompagnant d’une information approfondie et contradictoire.

• Régler la question du devenir des déchets nucléaires en application du rapport Rivasi et réexpédier à leurs propriétaires, comme le prévoit la loi, les déchets étrangers stockés en France.

3. LE DEVELOPPEMENT DES ENERGIES RENOUVELABLES

• Obliger les pouvoirs publics à mettre en œuvre concrètement les décisions gouvernementales de décembre 2000, et faire abonder des budgets aux énergies renouvelables (à tous les niveaux des collectivités et de l’Etat).

• Exiger de plus en plus l’internalisation des coûts environnementaux des énergies afin de pouvoir faire des comparaisons entre énergies fossiles ou nucléaires d’une part, et énergies renouvelables d’autre part.

• Analyser la compatibilité écologique des énergies renouvelables dans les contextes géographiques et économiques. La plupart des énergies renouvelables peuvent ajouter des contraintes parfois difficiles à concilier avec les exigences de protection des milieux et des sites ou avec d’autres choix sociaux ou économiques. Les associations de protection de la nature et de l’environnement ont ici à jouer un important rôle d’arbitrage.

 


crédit : snork maiden

 

Les moyens

 

1. LA MAITRISE DES CONSOMMATIONS D’ENERGIE

• Mobiliser les acteurs associatifs dans le cadre du programme national d’efficacité énergétique.

• Mieux faire connaître le concept de « négawatts » (mégawattheures non dépensés) et les technologies d’efficacité énergétique : cogénération (production combinée d’électricité et de chaleur), lampes basse consommation, électroménager performant, moteurs à vitesse variable, architecture bioclimatique…

• Sensibiliser au raisonnement en coût global et de façon plus large au concept d’écobilan.

• Assurer l’ des propositions du rapport Cochet concernant la maîtrise de l’énergie dans le Schéma National et les Schémas Régionaux de Service Collectifs de l’Energie.

• Faire pression en faveur d’une fiscalité favorable à la maîtrise de l’énergie (pollutaxe).

• Suivre la mise en œuvre des nouvelles réglementations (ex : nouvelle réglementation thermique NRT 2000).

• Soutenir directement ou indirectement sur le terrain des opérations de MDE (ex : diffusion de lampes ou d’électroménager basse consommation).

 

2. LA MAITRISE DU NUCLEAIRE


• Faire entendre la voix des associations de protection de la nature et de l’environnement auprès des pouvoirs publics (ex : Conseil Supérieur de Sûreté et d’Information Nucléaire (CSSIN), Commissions Locales d’Information (CLI)...) et du système éducatif.

• Développer la circulation d’informations et les retours d’expériences dans le cadre du réseau associatif des CLI.

3. LE DEVELOPPEMENT DES ENERGIES RENOUVELABLES

• Faire pression sur le Ministère des Finances en faveur d’une fiscalité favorable aux énergies renouvelables.

• Développer les initiatives locales, départementales et régionales pour amener les particuliers, les collectivités locales et les entreprises à choisir les solutions énergies renouvelables (ex : conférences-débat, visites d’installations, bus démonstratif, montage d’opérations…).

• Mieux faire connaître à l’utilisateur final ses capacités de choix (ex : enquête sur la tarification verte ou « green pricing »).

• Assurer le suivi des propositions concernant les énergies renouvelables dans les Schémas Régionaux de Service Collectifs Energie ainsi que dans le Schéma National de Service Collectif Energie.

• Suivre la mise en œuvre des programmes spéciaux (ex : Plan bois-énergie, programme biogaz, microhydraulique, géothermie…).

• Participer aux instances d’échanges d’information et de concertation des acteurs des filières (ex : Comité de Concertation ENR de l’Ademe).

• Veiller à la mise en place de procédures de consultation appropriées dans le cadre du développement des énergies renouvelables (ex : éolien, micro-hydraulique).

• Affecter des moyens importants à la Recherche et Développement (R&D) en énergies renouvelables (aujourd’hui, 95% du budget civil de R&D est encore affecté au nucléaire).

• Obtenir du Ministère de l’Environnement la mise en place d’un véritable service consacré aux ENR.

 
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