| Voir
les autres interviews
Interview
avec Elisabeth Favre, chargée d’études
scientifiques
au Conservatoire Régional des Espaces Naturels de la région
Rhône-Alpes
Accompagnement
d’une peupleraie vers une forêt subnaturelle
L’exemple de La Lône de Ferrande
Entre
2000 et 2005, le Conservatoire Régional des Espaces Naturels
de la région Rhône-Alpes a mené avec l’aide
du CRPF et de la coopérative forestière COFORÊT,
une action d’accompagnement d’une peupleraie artificielle
vers une forêt subnaturelle sur le site de la Lône de
Ferrande.
Elisabeth Favre, chargée d’études scientifiques
au Conservatoire Régional des Espaces Naturels de Rhône-Alpes,
nous relate les différentes étapes de cette expérience
originale de renaturation des forêts alluviales.
Pouvez-vous
présenter la Lône de Ferrande et ses particularités
?
Elisabeth
Favre : La Lône de la Ferrande est située
sur le secteur du Haut Rhône en amont de Lyon. C’est
une ancienne île du Rhône, aujourd’hui située
dans un bras-mort du Rhône, à cheval sur les rivières
de l’Ain et de l’Isère. Elle s’étend
sur 2 kilomètres de long et 10 mètres de large. L’ensemble
du site comprend une cinquantaine d’hectares de boisements
alluviaux connectés au fleuve par l’aval dont des peupleraies
artificielles.
 |
Vue
générale de la Lône de Ferrande / ©
E. FAVRE |
Quelles
sont les origines de votre action d’accompagnement d’une
peupleraie vers une forêt subnaturelle ?
Elisabeth
Favre : Le Conservatoire Régional des Espaces naturels
de Rhône-Alpes travaille sur ce site depuis 1996. Dès
l’origine, nous avions conscience des enjeux particuliers
pesant sur ces boisements alluviaux qui constituent un des derniers
secteurs boisés sur la partie amont du Rhône.
Les
terrains appartiennent au Domaine Public Fluvial et étaient
gérés jusqu’en 2004 par Voies Navigables de
France. En 2004, Voies navigables de France a rétrocédé
la concession du site. EDF a obtenu concession du foncier sur ce
site et a passé une convention avec le Conservatoire pour
la gestion de la Lône. Nous nous sommes dit que cette opération
allait rendre les amodiations caduques. Les amodiataires étaient
alors propriétaires de plantations de peupliers artificiels.L’autre
intérêt de ce site est qu’il a été
intégré au réseau Natura 2000. Le CREN a donc
réalisé sur la Lône de Ferrande une étude
de faisabilité pour intervenir auprès des propriétaires
et gérer ce site selon les exigences de son classement en
Natura 2000.
L’idée qui a germé a été d’accompagner
les coupes de peupliers pour remettre en place une forêt alluviale
subnaturelle.
Quels
ont été pour cette action, les moyens mis en œuvre
et les travaux entrepris ?
Elisabeth
Favre : Gestionnaire de ce site, le CREN a pris contact
avec le CRPF pour voir comment on pouvait accompagner la reconversion
des peupleraies artificielles vers une forêt subnaturelle.
Nous avons alors passé une convention avec le Centre Régional
de la Propriété Forestière pour qu’il
élabore des propositions de gestion sur ce site.
Un
des propriétaires, Monsieur Roscio, partisan des méthodes
de gestion forestière douce s’est engagé à
exploiter ses peupleraies artificielles arrivées à
maturité selon les propositions émises par le CRPF.
Les
travaux de conversion des peupleraies ont été effectués
en plusieurs étapes, durant deux années consécutives
dans deux parcelles de forêt riveraine.
La coupe des peupliers a été menée avec le
souci de limiter la vitalité des souches de peupliers. Pour
cela, il a été demandé au bûcheron de
couper les peupliers le plus à ras-de-terre possible.
L’abattage et le débusquage des peupliers, réalisés
par la coopérative forestière COFORÊT, ont été
dirigés pour ne pas abîmer le sous-étage composé
d’îlots de frêne et d’aulnes qui allait
constituer la future forêt.
Les
bûcherons de la coopérative aidés par un technicien
du Conservatoire ont ensuite coupé les rémanents laissés
à terre en tronçons de 1 mètre de long pour
faciliter leur pourrissement ainsi que les éventuels déplacements
dans les parcelles.
Nous avons ensuite laissé passer une saison de végétation
totale avant recouper les rejets de souches de peupliers dans les
parcelles exploitées.
Des actions ont été également entreprises pour
éviter la propagation des espèces invasives notamment
la Balsamine de l’Himalaya. La dernière exploitation
des peupliers s’est déroulée en 2005.
En parallèle, nous avons mis en place, en 2002, une opération
de suivi forestier pour observer les évolutions futures de
la forêt.
 |
Exploitation
des peupliers artificiels / © E. Favre |
Il
faut attendre une dizaine d’années avant de tirer les
conclusions de cette expérience.
Quelles sont retours pour de cette action et quelles perspectives
se dégagent pour le futur ?
Elisabeth
Favre : L’objectif de ne plus avoir de peupliers
artificiels a été atteint. Actuellement, les deux
secteurs exploités entre 2002 et 2004 présentent un
beau sous-étage avec un bon mélange d’aulnes
et de frênes. Il faut toutefois attendre 2012 pour tirer les
conclusions de cette expérience et constater un affaiblissement
suffisant des souches. Pour l’instant, le contexte paraît
favorable.
Cette
opération n’a pas causé de pertes financières
pour l’amodiataire : les peupliers étaient à
maturité et l’amodiation arrivait en fin de validité.
Les peupliers ont été vendus en Italie pour faire
du déroulage. Ce type de partenariat a été
reconduit par la suite.
La
part humaine est toujours très importante dans ce type de
projet. Nous avons bénéficié de plusieurs atouts
forts pour la réussite de ces opérations : un contexte
écologique favorable, un bon partenariat avec le CRPF et
la COFORÊT et un propriétaire partisan de laisser faire
la nature.
Mise
à jour 25/10/06
|